Lettre Novembre 2019

Lettre Novembre 2019

Chers amis de « Mieux le Comprendre »,

Bienvenue pour cette lettre de Novembre 2019, par laquelle je souhaite partager avec vous quelques réflexions sur l’évolution de la perception de l’homme par rapport à l’animal. Celle-ci est loin d’être neutre dans mon projet d’étendre mes activités à la médiation par l’animal.

Objet de fascination ou « faire valoir » permettant d’imposer une prétendue supériorité de l’homme, la perception de l’animal a évolué au fil des millénaires, selon une sorte de « fonction d’utilité » de celui-ci. On rappellera qu’il a fallu attendre 1978 pour aboutir à la proclamation de la Déclaration Universelle des Droits de l’animal, à la Maison de l’UNESCO (Paris), dont nous reproduisons quelques extraits dans l’encadré ci-dessous.

 

Extrait du Préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l’Animal (1978) et article 5

 

…/…

Cette philosophie, qui s’appuie sur les connaissances scientifiques les plus récentes, exprime l’égalité des espèces face à la Vie. Elle propose à l’humanité les règles d’une éthique biologique. L’idée d’un égalitarisme universel n’est pas nouvelle : on la reconnaît dans des civilisations bien plus anciennes que la civilisation occidentale, et dans des religions bien différentes des religions judéo-chrétiennes.

Mais cette éthique devait être exprimée avec clarté et fermeté dans le monde actuel, déjà trop perturbé, menacé de destruction, et où violence et cruauté explosent à chaque instant. Si l’homme a pu établir peu à peu un code de droits pour sa propre espèce, il ne dispose cependant d’aucun droit particulier en regard de l’univers. Il n’est en effet que l’une des espèces animales de la planète, et l’une des plus récemment apparues.

La Vie n’appartient pas à l’espèce humaine ; l’homme n’en est ni le créateur, ni le détenteur exclusif ; elle appartient tout autant au poisson, à l’insecte, au mammifère, comme aux végétaux. L’homme a créé dans le monde vivant une hiérarchie arbitraire qui n’existe pas naturellement, en ne prenant en compte que son usage propre. Cette hiérarchie anthropocentrique a conduit au spécisme, lequel consiste à adopter une attitude différente selon les espèces, à détruire les unes en protégeant les autres, à déclarer certaines “utiles” et d’autres “nuisibles” ou “féroces”, à réserver “l’intelligence” à l’homme pour n’accorder à l’animal que “l’instinct”. C’est le spécisme qui a conduit l’homme à penser que l’animal ne souffre pas comme lui-même, alors que tout ce que l’on sait actuellement démontre au contraire qu’il souffre physiquement comme nous, et que sa pensée, liée à la présence d’un système nerveux centralisé, est bien plus élaborée que les neurosciences ne le laissent encore entrevoir, ce qui l’amène à souffrir aussi psychiquement. Ces aptitudes confèrent aux animaux des droits particuliers, par rapport aux végétaux.

Article 5 

L’animal que l’homme tient sous sa dépendance a droit à un entretien et à des soins attentifs. Il ne doit en aucun cas être abandonné, ou mis à mort de manière injustifiée.

Toutes les formes d’élevage et d’utilisation de l’animal doivent respecter la physiologie et le comportement propres à l’espèce.

Les exhibitions, les spectacles, les films utilisant des animaux doivent aussi respecter leur dignité et ne comporter aucune violence.

 

 

Longtemps considéré comme un simple « objet » au titre des biens « meubles », et donc dépourvu de sensibilité ou d’une quelconque forme d’intelligence, par le Code Civil français, l’animal bénéficiait, dans les temps anciens ou dans certaines cultures ou traditions, d’un profond respect, sinon d’une vénération, lesquelles n’ont rien à envier au statut de l’animal tel que défini par la Déclaration Universelle ci-dessus.

 

  1. Biologiquement, l’homme appartient au « règne animal » et à la grande « confrérie animale »

La théorie de l’évolution (DARWIN) avait déjà mis en évidence le lien entre le primate et l’homme. De ce point de vue, la science a fait des progrès considérables et a permis d’étayer cette théorie. Or, dans ce processus d’évolution de l’espèce (humaine), l’homme s’est rapidement érigé en maître incontesté, disposant et abusant des ressources terrestres et des animaux. Tel n’a cependant pas toujours été le cas.

Pour illustrer cette appartenance de l’homme à la « confrérie animale », citons ce passage de Bernard BAUDOUIN (Animaux guérisseurs – l’énergie et le dévouement animal au service de l’homme, RUSTICA Editions) :

 

Deux mondes, une seule énergie (Bernard BAUDOUIN)

 

« Lorsque les primatologues constatent que 99% de notre ADN est identique à celui du chimpanzé, que certains utilisent des outils, développent des relations sociales très élaborées, se reconnaissent dans un miroir, qu’ils marchent, pleurent, partagent, compatissent ; ou encore que le rat et la souris ont des mécanismes biologiques identiques aux nôtres (ce qui autorise les expérimentations médicales), nul doute qu’initialement nous appartenons bien à la même « confrérie animale », en dépit de nos apparences corporelles et nos structures organiques qui sont parfois très différentes. … »

 

 

  1. Au cours de la préhistoire, la relation de l’homme à l’animal était fondamentalement égalitaire et empreinte d’un grand respect, sinon d’une vénération

Nos ancêtres étaient nomades, chasseurs et cueilleurs. L’animal n’était pas encore domestiqué et s’il s’agissait d’une source de nourriture essentielle pour sa survie, la chasse donnait lieu à des rituels et ne conduisait pas à tuer gratuitement.

En effet, les chasses se préparaient et donnaient lieu à de véritables rituels, au cours desquels les animaux étaient honorés, invités à se confronter à l’homme et remerciés pour la nourriture qu’ils lui apportaient. C’est une approche fondamentalement différente de celle observée de nos jours où les animaux sont élevés dans des conditions déplorables et où l’on fait de la chasse un prétendu « sport ».

Cette vision « égalitaire » homme/animal et le caractère quasi-religieux de l’ouverture d’une chasse pour nourrir la tribu s’inscrivaient dans une perception du monde « holistique » où les règnes animal, végétal et minéral sont tous perçus comme essentiels et sacrés, dans un respect profond de la terre et de ses équilibres. Le « gaspillage » était, quant à lui, proscrit dans la mesure où il était assimilé à un manque de respect à l’espèce, d’une part, mais également, et plus largement, à la terre – entendue comme une divinité généreuse pourvoyant aux besoins des hommes -, d’autre part.

Si cette vision des choses a quasiment disparu de la surface de la terre, elle subsiste cependant dans quelques tribus « primitives » lesquelles ont pu rester à l’écart de l’homme « civilisé » ou continuer à faire survivre leurs traditions ancestrales.

Ce rapport à la nature et, plus spécifiquement, aux animaux est rapporté par Marlo MORGAN, médecin américain, dans Message des Hommes vrais au Monde mutant (J’AI LU – Aventure Secrète). Américaine moyenne, investie dans la promotion de techniques médicales simples adaptées aux conditions de la brousse et dans l’intégration des jeunes aborigènes dans la société australienne, elle se voit invitée par une tribu aborigène vivant en marge totale pour voir sa vie totalement transformée. Elle passera des semaines dans le bush, entre la crainte et l’émerveillement, et vivra un véritable parcours initiatique aux côtés de ces derniers représentants de la « vraie » culture aborigène. Cette dernière constitue une véritable communion avec une nature souvent hostile mais néanmoins perçue comme très généreuse. Marlo MORGAN y découvrira les pouvoirs guérisseurs des plantes et de certaines substances animales parmi une petite société d’aborigènes vivant simplement, ignorant la propriété privée et profondément égalitaire, en bonne santé et présentant une longévité et une joie de vivre étonnantes, dans un milieu pourtant très hostile selon les standards occidentaux. Elle en reviendra transformée et porteuse du Message des Hommes vrais au monde mutant, ce dernier détruisant tout et faisant fausse route, en se coupant résolument de ses origines … et de son lien avec le monde animal.   

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